– Par Aurélie, photographe & vidéaste — Alsace · Bourgogne · Et ailleurs
Ceux qui me connaissent et suivent mon travail savent combien le cinéma est important pour moi.
J’ai donc décidé de créer une série autour des Muses du cinéma : des films qui, au-delà de leur esthétique, racontent quelque chose de profondément humain sur les femmes, le regard, l’image de soi ou encore la manière dont nous existons aux yeux des autres.
Et pour ce premier épisode, j’avais envie de parler de l’immense Portrait de la jeune fille en feu.
Parce qu’au-delà de cette histoire d’amour magnifique et profondément mélancolique, le film aborde aussi quelque chose qui résonne énormément avec mon travail photographique : une image peut être belle… sans pour autant représenter réellement la personne.
Quand une image est belle… mais ne ressemble pas à la personne
Pour resituer rapidement l’histoire : Marianne est peintre et elle est chargée de réaliser le portrait d’Héloïse sans que celle-ci ne le sache.
Le tableau est destiné à son futur époux afin de valider un mariage arrangé. Mais Héloïse refuse de poser. Refuse d’être regardée. Refuse aussi, d’une certaine manière, l’image qu’on attend d’elle.
Marianne doit donc apprendre à observer Héloïse autrement : sa façon de marcher, ses gestes, ses expressions, sa manière d’être au monde. Elle finit par réaliser un premier portrait.
Le tableau est beau. La technique est parfaite. Les codes de représentation féminine de l’époque sont respectés. Et pourtant, quand Héloïse découvre le tableau, elle demande simplement :
“Est-ce que c’est bien moi ?”
Et je trouve cette scène incroyablement forte.
Parce qu’on peut créer une image techniquement très réussie de quelqu’un… sans jamais vraiment le voir. Le portrait est beau, mais il sonne faux.
Parce qu’il ressemble davantage à ce qu’on attend d’une femme qu’à ce qu’Héloïse est réellement. Et je crois que beaucoup d’images fonctionnent encore comme cela aujourd’hui.
Observer quelqu’un ne signifie pas forcément le voir
Ce film montre quelque chose de très juste : observer quelqu’un ne suffit pas toujours à le comprendre. Quand une personne se sent observée, jugée ou attendue dans une certaine posture, le corps change immédiatement. Il se fige. Le sourire devient contrôlé. Les gestes deviennent moins spontanés. Le regard se surveille.
Et c’est exactement ce que je retrouve parfois lors d’une séance photo portrait. Plus quelqu’un réfléchit à son image, moins il est réellement présent dans son corps.
Un portrait sensible ne naît pas seulement d’une belle lumière ou d’un joli décor. Il naît souvent de ce moment très fragile où quelqu’un cesse un peu de se surveiller. Quand une conversation commence. Quand le corps rebouge. Quand l’attention se déplace ailleurs. C’est souvent là que les images deviennent les plus vraies.
Le portrait d’Héloïse : refuser une image décidée à sa place
Ce qui me touche profondément dans Portrait de la jeune fille en feu, c’est qu’Héloïse ne cherche jamais à être séduisante. Le portrait est pourtant destiné à convaincre un futur mari. On attend donc d’elle : une certaine féminité, une certaine douceur, une certaine désirabilité. Mais Héloïse refuse cette représentation imposée.
Elle ne cherche pas à devenir l’image parfaite attendue pour ce mariage. Elle cherche quelque chose de beaucoup plus difficile : la vérité.
Et ce n’est qu’au moment où elle accepte réellement d’être regardée, et où Marianne cesse de chercher une image parfaite pour partir à la recherche de quelque chose de vrai, que le portrait devient enfin juste.
Je crois que l’on ressent immédiatement la différence entre une image qui cherche seulement à être jolie… et une image dans laquelle quelqu’un existe réellement.
Pourquoi ce film résonne autant avec mon travail photographique
Chaque femme — chaque personne finalement — arrive avec son histoire. Ses failles, ses complexes, ses contradictions, ses blessures parfois.
C’est pour cette raison que je prends énormément de temps avant une séance photo portrait, que ce soit en Alsace, en Bourgogne ou ailleurs. Parce qu’un portrait sensible ne peut pas être un copier-coller d’un autre. Une lumière, une pose ou un décor ne suffisent pas à raconter quelqu’un.
Ce qui m’intéresse profondément dans la photographie, ce n’est pas de transformer une femme en quelqu’un qu’elle n’est pas.
C’est de créer des images dans lesquelles elle peut réellement se reconnaître. Des images vivantes, vraies. Des images qui lui ressemblent.
Et peut-être qu’au fond, les images les plus justes ne sont pas celles où l’on paraît parfaites. Mais celles où, pendant quelques secondes, on réussit simplement à être vraiment soi.
Un film qui continue de résonner longtemps après
Portrait de la jeune fille en feu est un véritable bijou de poésie. Chaque scène ressemble à une peinture. Chaque silence raconte quelque chose. Chaque regard semble porter un souvenir. Et certains dialogues continuent de résonner longtemps après le générique :
“Vous avez rêvé de moi ?”
“Non. J’ai pensé à vous.”
Ou encore ce déchirant :
“Retourne-toi.”
Parce qu’au fond, ce film parle aussi de cela : de ce qu’on garde des autres, de ce qu’on choisit de regarder une dernière fois, et des images qui continuent à vivre en nous longtemps après leur disparition. Et si la sororité vous parle, vous ne pourrez qu’être touchée par le trio qui se forme au cours de l’histoire.
Je suis Aurélie Rhodier, photographe en Alsace, Bourgogne et partout ailleurs pour les femmes qui souhaitent se réapproprier leur image à travers des séances photo sensibles, intimistes et profondément humaines autour de l’estime de soi, du regard sur soi et de la reconnexion à leur corps.