Vous venez de vous lever, les cheveux encore en pagaille, les yeux à moitié ouverts, et votre fille vous dit que vous êtes la plus belle des mamans.
Vous partez travailler ou vous enfilez une tenue avec laquelle elle n’a pas l’habitude de vous voir et elle vous redit cette même phrase.
Et à chaque fois, le même petit séisme opère en vous.
Vous êtes touchée par ses mots et, en même temps, terriblement gênée. Parce que spontanément, vous auriez presque envie de répondre :
« Mais non. »
Mais rejeter son compliment, c’est vous retrouver face à une contradiction difficile à supporter :
« Je ne veux pas que ma fille se parle un jour comme moi je me parle. »
Nos enfants n’entendent pas seulement ce qu’on leur dit sur leur corps
Nous sommes souvent les premières à expliquer à nos filles que tous les corps sont différents. Qu’il y aura des personnes grandes et d’autres plus petites, des corps minces, gros, musclés, avec des cicatrices, des vergetures, des particularités. Nous leur apprenons qu’il ne faut pas se moquer. Que nous ne savons jamais ce qui peut se cacher derrière une prise ou une perte de poids. Qu’un corps ne raconte jamais toute l’histoire d’une personne.
Et nous avons beau les complimenter pour ce qu’elles sont, elles nous observent également.
« Je suis énorme sur cette photo. » « Je ne peux pas porter ça avec mes jambes. Mon ventre. Mes bras. » Liste évidemment non exhaustive.
Se cacher lorsque quelqu’un prend une photo. Parler du régime que l’on vient de commencer. Complimenter une femme uniquement sur sa perte de poids. Ce langage-là aussi existe autour d’elles.
Mais il ne s’agit pas de nous jeter la pierre. Parce que nous l’avons nous-mêmes appris quelque part. Dans nos familles, parfois, dans l es cours de récréation, dans les magazines que nous lisions adolescentes, dans les remarques que quelqu’un nous a faites un jour sans probablement imaginer qu’elles nous accompagneraient encore vingt ans plus tard. Finalement, dans tout ce qu’une époque nous a appris de ce à quoi le corps d’une femme était supposé ressembler.
Et désapprendre tout cela ne se fait pas sur commande.
On ne devient pas soudainement parfaitement bienveillante avec son corps parce qu’on a une petite fille à qui l’on souhaite une histoire différente.
Peut-on transmettre quelque chose que l’on apprend encore soi-même ?
Je crois que oui.
Après tout, vous n’êtes pas obligée d’aimer chaque centimètre de votre corps pour décider de ne plus autant le dénigrer. Vous n’avez pas besoin de vous trouver belle pour répondre simplement « merci » à un compliment. Vous n’avez pas besoin d’avoir réglé trente, quarante ou cinquante années de complexes pour commencer à interrompre certains automatismes.
Peut-être même que le travail commence là. En essayant, petit à petit, d’entendre un compliment autrement que comme une erreur, une moquerie ou presque un affront. En résistant à cette envie immédiate de répondre : « Tu rigoles ? Regarde ma tête ! » Pas nécessairement parce qu’on a soudainement appris à penser « elle a raison, je suis magnifique ». Simplement parce qu’on commence à accepter l’idée que notre propre regard n’est peut-être pas le seul qui soit valable.
Et si elles nous transmettaient aussi quelque chose ?
Un enfant ne regarde pas forcément sa mère comme elle se regarde elle-même.
Nos enfants ne possèdent pas notre historique de complexes. Les remarques entendues à l’adolescence et qui nous poursuivent parfois encore à l’âge adulte. Les comparaisons. Les photos détestées. Le chiffre sur la balance. Toutes ces petites choses qui ont fini par construire la manière dont nous nous regardons.
Cela ne signifie évidemment pas que leur regard doive réparer notre estime de nous-mêmes. Ce serait leur confier une responsabilité beaucoup trop lourde, et qui ne leur appartient absolument pas.
Mais leur regard peut peut-être créer une petite brèche.
Et si ce que je vois lorsque je me regarde n’était pas toute la vérité sur moi ?
Ou simplement nous rappeler quelque chose :
si je souhaite tellement qu’elle apprenne à être bienveillante avec elle-même, pourquoi cette bienveillance devrait-elle s’arrêter lorsqu’il s’agit de moi ?
L’objectif n’est pas d’élever nos filles pour qu’elles se regardent chaque matin dans le miroir en pensant : « Je suis magnifique. » Peut-être pouvons-nous leur souhaiter quelque chose d’encore plus précieux. Pouvoir habiter leur corps sans qu’il occupe constamment leur esprit. Savoir qu’elles peuvent être belles, mais que leur valeur ne dépendra jamais de leur beauté. Pouvoir recevoir un compliment sans avoir besoin de le contredire, mais sans en dépendre non plus. Voir leur corps grandir, vieillir, changer, se transformer, sans considérer chacune de ses évolutions comme quelque chose qu’il faudrait immédiatement corriger. Et peut-être que nous pouvons apprendre un peu de tout cela avec elles.
Parce que l’héritage le plus précieux ne sera peut-être pas de leur apprendre à toujours aimer leur reflet, mais de faire en sorte que leur reflet ne décide jamais de la valeur qu’elles s’accordent.
Je suis Aurélie, j’accompagne les femmes en Alsace, Colmar, Strasbourg mais également partout dans le monde à se réconcilier avec leur corps, à se regarder autrement et reprendre confiance en elles.
Issue d’un parcourus universitaire en psychologie, je propose également des accompagnements en tant que psychopraticienne autour des transitions de vie, de la relation au travail et la confiance/estime de soi. Pour découvrir ces accompagnements vous pouvez vous rendre sur le site consacré à cette activité : par ici.